Origine de l’étude
Des chercheurs de l’université de Rutgers, du New Jersey (USA),
l’équipe de Yao-Ping Lu et et Allan Conney ont mené, à la base, une
étude qui visait à confirmer l’hypothèse que la caféine pouvait
prévenir le cancer de la peau en augmentant la mort des cellules
tumorales. Ils se sont servis de crèmes hydratantes comme moyen d’application.
Méthodologie
Plusieurs fois par semaine pendant environ 4 mois, Ils ont appliqué 4
crèmes hydratantes (Dermabase, Dermovan, Eucerin et Vanicream) sur des
souris glabres (sans poil) avant de les exposer à des rayons UVB.
Les résultats (publiés sur Journal of investigative dermatology)
Les chercheurs ont alors constaté que l’effet cancérigène du soleil est
accru par ces crèmes : la survenue de tumeurs augmentait de 69 % après
l’application de crèmes alors qu’aucun changement n’était intervenu sur
les souris qui n’avaient pas reçu d’application.
L’étude révèle également que l’huile minérale et le sodium lauryl
sulfate seraient à l’origine de cet effet cancérigène étant donné que
seules les crèmes qui en contenaient produisaient cet effet.
Les réactions des scientifiques
Selon Le Pr Carle Paul, chef du service de dermatologie à l’hôpital Purpan, à Toulouse
: "Les souris sont très sensibles à l’effet des UV. Il s’agit d’un
phénomène d’espèce connu de longue date. Le modèle souris n’est donc
pas adéquat pour déterminer le risque cancérigène des produits à mettre
sur la peau ".
Pour le professeur Jonathan Rees de l’université d’Edimbourg
il serait "extraordinairement improbable que les résultats présentés
soient d’une quelconque pertinence clinique". "Je pense qu’il serait
fou de changer de comportement à cause d’une telle étude"
Pour le professeur Gordon McVie, consultant à l’Institut européen d’oncologie
et rédacteur en chef du site ecancermedicalscience.com, ancien
directeur du centre de recherche sur le cancer du Royaume-Uni, cette
expérience n’est « pas appropriée » à l’étude de causalité entre
l’utilisation de crèmes hydratantes/cancers chez l’homme. « La peau des
souris est tout à fait différente de la peau humaine » et cette étude «
ne prouve en aucune façon que ce soit que les crèmes hydratantes sont
cancérogènes chez l’homme. beaucoup d’autres études sont maintenant
nécessaires pour donner suite à ces résultats imprévus et
inexplicables. »
Les points discutables de cette étude
D’abord le sujet d’étude : les souris glabres qui présenteraient des réponses immunitaires cutanées anormales.
Les résultats ne seraient pas directement applicables à l’être humain
: la peau des souris est plus mince et plus perméable que celle des
humains.
Les souris auraient été exposées à de très hautes doses d’UV qui
dépasserait l’équivalent des doses d’UV qu’un humain pourrait absorber
au cours de sa vie entière, selon certains spécialistes.
Les cancers de la peau dénoncées par l’étude, ne sont pas des
mélanomes (le cancer de la peau le plus fréquent et dangereux chez
l’homme) mais des tumeurs cutanées sans risque létal.
Les crèmes hydratantes n’ont pas pour vocation de protéger contre les
UVB, responsables de cancers de la peau
De plus, il serait bon de distinguer les ingrédients incriminés car
rappelons qu’une crème hydratante comme tous produits cosmétiques est
composée de plusieurs ingrédients. L’étude a pointé notamment certaines
huiles minérales et le sodium lauryl sulfate mais qu’en est il vraiment
?
A noter tout de même les effets de la caféine (à l’origine de cette
étude) susceptible d’augmenter la mortalité des cellules tumorales, un
effet certes potentiellement très intéressant pour traiter certaines
tumeurs mais quels sont réellement ses nombreux effets ? n’oublions pas
que la caféine est présente dans bon nombre de produits cosmétiques
(notamment les produits amincissants qui utilisent l’effet lipolytique
de cette substance)
La réponse du groupe Beiersdorf
(fabricant des crèmes utilisées pour l’étude)
Le groupe souligne qu’aucun incident de ce type n’a été rapporté et
rappelle également que la comparaison entre la peau des souris et la
peau humaine n’est pas fiable.
Que les crèmes hydratantes Eucerin utilisées pour l’étude sont
présentes sur le marché depuis plus de 100 ans et qu’elles sont
recommandées et utilisées par des dermatologues dans le monde entier
(là je dois dire que cet argument ne me convainc pas... les
dermatologues prescrivent des tas de produits bourrés de parabens par
exemple)
Le groupe rappelle également que les produits mis en vente sont
soumis à des tests par des laboratoires indépendants. Il met surtout en
cause l’exposition excessive aux UVB dans l’étude
Espérons que cette étude fera l’objet de travaux supplémentaires car en
l’état il semble évident que les conclusions ne sont pas très claires
ni très fiables.
Restons prudents mais ne cédons pas à la panique !
Tags : Beauté Cosmétiques Bien-être Santé
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